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Tournée 2007

Depuis 28 ans, Francis Lalanne traîne ses guêtres au pays des mots. Sur scène, il chante, dit, hurle sa blessure et son désir d’amour jamais assouvi. En citoyen: « Je crie parce que j’existe / sur mes carnets d’adolescent / j’écris donc je résiste / je suis dissident, dissident . » Le ton est donné : Lalanne éternellement jeune mais à qui on ne la fait pas, jouit de jouer avec les mots : « La rime est en jupon / la fille est derrière le buisson / je l’accoste et lui fais un enfant. » Il faut avoir vécu Lalanne sur la scène d’un petit théâtre, comme celui de Villejuif pour savoir que ses mots vivent mieux encore lorsqu’il leur donne vie lui-même. Il est de la race des chansonniers, au sens noble du terme, de ceux pour qui le contact avec le public se crée avec une générosité. Les mots sont là pour être éprouvés ensemble.

Homme de paroles donc, Lalanne en a le goût exacerbé, lorsqu’il chante a cappella « La belle en moi dormant », « Grand’mère » où quand, pathétique, il pleure en déclamant l’histoire de « Celle qu’on appelle la folle ». « Putain de Dieu ! », s’exclame-t-il dans la grande tradition du cabaret du début du siècle, à la façon d’un Jehan Rictus ou d’un Gaston Couté. Ou comme le vieux frère léonin, le grand Léo qui écrivait : « Quand Dieu s’emmerde, il va au music-hall, parce qu’il est né au music-hall et que ça le travaille sa carrière divine... ». Souvent heureux glaneur de scènes de genre, mises en musique interprétée par lui-même au piano, à la guitare, accompagné il y a quelques années par son frère Jean-Félix ou ses musiciens, Lalanne galvanise son public, faisant part de ses expériences propres, racontant comment lui aussi se collette avec la vie, la mort, la guerre.
Il peut même se moquer, avec maestria, de la chanson engagée, son public sait bien qu’il ne sera jamais du côté des nantis. Il reprend des chansons écrites à la fin des années soixante-dix, aujourd’hui cruellement prémonitoires, telle « Marteau piqueur », évoquant la drogue, le Sida : « Cette fois c’est le compte à rebours / qui me caresse et qui me craque / l’ami je vais crever pour rien... » Ou « Des mains de chômeur » : « Regarde mes mains, mon camarade / depuis que j’ai plus le droit de bosser / regarde mes mains, mon camarade / elles sont cassées /... les queues devant l’Anpe / les copains qui t’regardent plus dans les yeux. » « Foutre le bordel dans le vieux monde / c’est ce qu’il y a de mieux à faire et pourtant / y’a que l’écho qui vous réponde / quand on veut se battre à 20 ans... », écrivait-il dans une chanson d’un de ses premiers albums. Il passe tout l’hiver 1986 aux côtés des lycéens qui manifestent contre la loi Devaquet et finit en garde à vue. Pas étonnant que Francis Lalanne soit suivi depuis toutes ses années par son public. Leurs positions sont semblables...

'Il y a des moments dans la vie qui restent dans le coeur comme un rayon de soleil. Celui que j'ai vécu avec vous, Mr Lalanne est un de ces moments rares et précieux.'

Isabelle T.

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